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Bujumbura-Burundi.

Burundi - Politique.

Un tête-à-tête du magistrat suprême et président de la République avec un condamné à mort : un précédent périlleux pour la justice et la moralité de l'Etat.

Bujumbura, le 30 octobre 2002 (Net Press). Le chef de l'Etat burundais, le major Pierre Buyoya vient de rentrer de Dar-es-Salam où il se trouvait depuis le 26 octobre 2002 pour négocier le cessez-le-feu avec les ailes radicales du Cndd-Fdd et du Palipehutu-Fnl qui n'ont pas encore adhéré ni à l'accord d'Arusha signé le 28 octobre 2000 ni au cessez-le-feu signé récemment entre le président Buyoya et les ailes dissidentes des deux mouvements. Depuis samedi le 26 octobre 2002, le président Buyoya a rencontré le chef des Fdd, Pierre Nkurunziza pendant plusieurs heures mais rien n'a encore filtré sur le contenu de ces entretiens.

Rappelons à ce sujet que la personne qui négocie au "plus haut niveau" avec le chef de l'Etat, Pierre Nkurunziza, est un condamné à mort (dossier RPCC 803) par la justice burundaise pour "attentats et complots tendant à porter le massacre, la dévastation ou le pillage". Les faits, qui se sont déroulés à Nyambuye, en commune Isale, province Bujumbura rural, remontent aux années 1994, 1995 et 1996.

En effet, dans le jugement de ce dossier, les nommés Léonidas Hatungimana, alias Muporo ; Ismaïl Hussein, Jamal Nsabimana, Bosco Nyandwi, Hamad Haruna, Pierre Nkurunziza alias Peter et Nsanzurwimo Swedi ont été condamnés à mort pour les crimes précités. Certains de ces condamnés croupissent dans la prison de Mpimba. Ils espèrent être libres un jour grâce à l'absorption de leurs pêchés par le régime qui est en train de négocier avec leur maître que la justice burundaise - ironie du sort - avait également condamné à mort.

Rappelons que beaucoup de présumés criminels se la coulent douce, étant dans les plus hautes institutions du pays alors qu'il pèse sur eux de lourds dossiers criminels. Il s'agit notamment des députés Nephtali Ndikumana (représentant du CNDD au Burundi), Anaclet Kirara (élu de la circonscription de Bujumbura rural), etc. L'autre grand partenaire du régime, Léonard Nyangoma, traîne également derrière lui le dossier "pose de mines" au même titre que Nephtali Ndikumana. L'affaire remonte au début de l'année 1997 quand ces mines ont emporté la vie d'une dizaine de gens. Les co-accusés de Nyangoma sont en prison tandis que lui désigne qui il veut dans les institutions nationales.

Si aujourd'hui, la classe politique issue d'Arusha tente difficilement de convaincre l'opinion de l'opportunité d'édicter une loi portant amnistie provisoire des personnalités rentrant d'exil, il sera encore plus malaisé de faire adhérer la même opinion à la logique de hisser aux hautes fonctions de l'Etat un condamné à mort pour le simple fait qu'il a refusé de négocier la paix en continuant à semer la mort et la désolation partout dans le pays. C'est également tout le système judiciaire qui risque d'éclater du fait que les responsables des crimes les plus graves sont de fait amnistiés par le régime actuel avec l'appui de la nébuleuse communauté internationale alors que leurs complices ou subordonnés croupissent en prison.

Si la classe politique continue à négocier l'arrêt de la guerre un peu n'importe comment, il est évident, estiment les observateurs, que la même classe politique risque en même temps d'anéantir les principes fondamentaux qui garantissent l'existence même des Etats, notamment la moralité publique, la justice, la répression du crime par tous les moyens dont l'Etat dispose. Les terroristes-génocidaires peuvent encore être tranquilles car l'Etat burundais n'est pas préoccupé par ces principes fondamentaux qui garantissent l'existence des Etats modernes. Sinon, il ne libérerait pas les génocidaires responsables des pires crimes tels que ceux commandités par Pierre Nkurunziza, Léonard Nyangoma, Christian Sendegeya, Jean-Bosco Ndayikengurukiye, Agathon Rwasa, Cossan Kabura, etc, et autres forces négatives qui ne cessent d'endeuiller le Burundi de Teza à Taba en passant par Bugendana, Butezi, Rukina, Buta, Rukaramu, ..., sans que cela n'appelle à la révolte.

Et le sort des caporaux et officiers subalternes condamnés pour avoir tué Ndadaye, commis des exactions, etc ? Vont-ils rester en prison parce qu'ils n'ont pas tué des centaines de gens ? Parce qu'ils n'ont pas réussi leurs coups d'Etat ? Toutes ces questions ne devraient pas être posées dans un pays où règne l'Etat de droit, car celui-ci est un pour tous et réprime uniquement sur base de la loi en fonction du crime. Au Burundi par contre, on constate que la loi agit en fonction de l'ethnie et de la sensibilité politique du criminel. Autant dire qu'au Burundi, la loi a une ethnie.

Burundi - Détention.

Des femmes rescapées du génocide des Tutsi exigent la libération du président de l'Uprona non-négociateur.

Bujumbura, le 30 octobre 2002 (Net Press). Plus de trois semaines après l'arrestation du président de l'Uprona non-négociateur, M. Charles Mukasi, des voix continuent à exiger sa libération. Ainsi, cent trente huit femmes rescapées du génocide des Tutsi viennent de rendre publique une déclaration dans laquelle elles exigent sa libération immédiate. Elles estiment en effet que M. Mukasi a été emprisonné pour uniquement, selon elles, s'être inscrit fermement en faux contre la politique génocidaire, dans la non-violence. C'est pour cela qu'il ne devrait pas être détenu alors que pour les organisations génocidaires qui accélèrent le rythme des tueries sans aucune inquiétude, la seule sanction qui les menace est de rejoindre la table des négociations. Ces femmes exigent en outre la libération des deux officiers inculpés dans l'affaire Itaba. Elles demandent enfin au gouvernement de cesser les persécutions contre les organisations de lutte contre le génocide.

Burundi - Société.

Quand les enfants de la rue donnent un sérieux coup de main à la société.

Bujumbura, le 30 octobre 2002 (Net Press). Tout observateur attentif connaissant la ville de Bujumbura aura constaté un changement positif dans les rues de la capitale, depuis quelques jours. En effet, les prostituées qui se postaient chaque soir sur les grands artères du centre-ville dans l'attente d'un éventuel "client", sont aujourd'hui invisibles.

De source bien informée, on apprend que ce sont les enfants de la rue, qui sont devenus plus nombreux que les prostituées (puisqu'on les rencontre le soir à chaque coin de la rue du centre-ville, comme naguère les prostituées), qui les ont chassées. Ces enfants qui ne supportent pas les mauvaises tenues chez les demoiselles, même de bonnes moeurs (on l'a constaté à plusieurs reprises au centre-ville et au marché central de Bujumbura), ont entrepris de leur faire la guerre en les violant systématiquement.

Depuis, ces filles rencontrent leurs "clients" ailleurs qu'au bord de la rue, c'est-à-dire généralement dans certains bars de la capitale : on parle de "Saga Plage" et d'autres où ces filles en tenues très choquantes sont souvent en compagnie des soldats sud-africains. Parfois, elles se déplacent jusqu'à l'aéroport international de Bujumbura où le contingent sud-africain (chargé de la protection des dignitaires du G7 ne se sentant pas sécurisés par l'armée nationale) dispose d'une base aérienne. Celles qui ont de la chance sont invitées par l'un ou l'autre soldat sud-africain à passer la nuit avec eux dans cette base. Toutes les autres qui ont le malheur de tomber entre les mains des militaires burundais assurant la sécurité de l'aéroport sont automatiquement emprisonnées pour "mauvaise tenue" et "noctambulisme".

Mais aussitôt qu'elles sont relâchées, elles sont "interpellées" par les soldats sud-africains qui les laissent plus tard après avoir profité de leurs charmes, comme l'on a constaté en début de soirée de ce 28 octobre 2002 au centre-ville (près du centre culturel français) où un camion de l'armée sud-africaine a déposé une douzaine de prostituées, en mini-jupes et T-shirts ultra-courts. Celles-ci, de peur d'être attrapées ou par la police ou par les enfants de la rue qui les chahutaient et les sifflaient à tue-tête, se sont toutes engouffrées précipitamment dans les taxis qui étaient garés tout près du centre culturel français.

A voir comment les soldats sud-africains s'affichent un peu partout à Bujumbura (même dans la rue) en compagnie des prostituées (qui n'ont décidément qu'eux pour clients), certains habitants de la capitale se sont laissé dire que ces militaires ne pouvaient pas agir autrement, puisque la majorité d'eux n'a pratiquement rien à faire (700 hommes destinés à assurer la sécurité d'une trentaine de personnalités, tout au plus).

Quoi qu'il en soit, il est grand temps pour les autorités burundaises, surtout celles de la capitale, de metre fin à toute cette pagaille, du moins estiment les habitants de la capitale interrogés à ce sujet et qui se disent scandalisés par les scènes susmentionnées observables dans les rues de la capitale, à l'aéroport, au "Saga Plage" et d'autres bars prisés par ces hommes qui n'ont visiblement rien d'autre à faire. Sans oublier que l'aéroport est une place stratégique qu'on ne saurait laisser à la circulation de tout un chacun à toute heure pour des raisons évidentes de sécurité. En effet, les terroristes-génocidaires peuvent se faufiler au sein de ces femmes qui se prostituent pour poser à l'aéroport des mines par exemple ou d'autres engins de la mort en vue d'y perturber la sécurité.

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